Le mot de Richard Martin

Arnaud Beltrame est un héros. Il a donné l’exemple. Il s’est substitué à un otage. Durant plusieurs heures, il a tenté de parler, de communiquer avec le terroriste. Et il a donné sa vie. Je salue aujourd’hui le policier, la personne et son acte qui a valeur d’exemple. Je regrette aussi qu’un héros soit toujours un homme mort, qu’un homme ne devienne héros aux yeux de nos gouvernements, et salué comme tel, qu’une fois mort. Car Arnaud Beltrame était déjà un héros, vivant, on ne se révèle pas en un instant. Combien de temps allons-nous encore attendre, voter, manifester et nous bagarrer pour que les initiatives fraternelles, éducatives, culturelles et militantes de l’humanité soient encouragées, dignement et de leur vivant, par nos politiques ?

La mort d’Arnaud Beltrame, notre frangin, me rappelle que voici plusieurs éditos qui s’écrivent à la lueur d’attentats, de sang, de violence. A l’aune, surtout, de l’in-culture. La culture est une nécessité, pas un besoin. Sans elle, les âmes et les pays s’enfoncent et c’est l’alarme ! La culture est une fraternité qui ouvre les rencontres et les métissages quand nos gouvernements se cramponnent à leurs intérêts. La culture est une fraternité qui dresse les ponts quand nos gouvernements hissent des murs. Elle ne connaît pas de frontières quand nos gouvernements abandonnent, eux, l’Homme aux frontières. Elle est généreuse quand nos gouvernements lui font subir des « coupes » budgétaires… Guillotines !

« Une idée fixe aboutit à l’héroïsme », écrivait Victor Hugo. Nous, saltimbanques, avons chevillée à l’âme cette idée fixe de la fraternité. Au Toursky, nous lui faisons même une fête ! Je compte d’ailleurs sur vous pour sa 4e édition cette année, venez avec vos petits et vos grands faire avec nous la Faites de la Fraternité. Car le Toursky, c’est une programmation bien entendu, et c’est aussi – j’en ai rêvé le Toursky le fait – un lieu qui vit sans relâche, 24 heures sur 24, émaillé de vie, de passages, de cours, de répétitions, de colloques, de réunions, de soirées, de chats, de déjeuners, de rencontres, d’enfants, de grands, de chiens, de fêtes et de faites… de fraternité !

Ici, nous sommes tous frères. Il faut, c’est un devoir d’artiste, de saltimbanque, de citoyen et d’Homme, que la fraternité revienne au goût du jour, à celui des nuits et à celui de vivre ! Le Toursky a l’amour du monde : de plus en plus il convient, pour résister, qu’il demeure un phare allumé et une âme et-mer-veillée. Le lieu de tous les frangins, le lieu du monde entier, des soirées qui filent vers des nuits de chimères et d’un autre monde possible. Le monde entier vient ici, et, eu égard de la politique conduite par notre pays à l’heure où ce programme de Saison part sous presses, j’ai évidemment une pensée pour la Russie. Ici, les planches résonnent depuis plus de vingt ans des accents slaves et de l’immense talent des saltimbanques de là-bas, je les remercie et les salue.

Ce théâtre est international, il travaille dans le monde entier et l’accueille tout entier. Notre fraternité doit transpirer, dans chacun de nos actes et bien au-delà du passage Léo Ferré. La fraternité doit être brandie en étendard déployé. Moi, saltimbanque, j’allume avec vous la flamme du flambeau : venez vous servir, le saisir et le brandir. C’est urgent. Relayez, circulez et voyagez avec la fraternité pour collier !

Cette Saison comme chaque fois, convie tous les talents, petits et grands, tous les arts et tous les Hommes, d’où qu’ils viennent. Rejoignez-là, rejoignez-nous. Ensemble au Toursky, cette année encore, lions de culture le ciment de notre humanité...