[REVUE DE PRESSE]
Petit Boulot pour Vieux clown

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CRÉATION

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VENTILO – 19 janvier 2022

Pitres de transport

À l’arrivée au Théâtre Toursky, nous sommes tout de suite happés par le monde des textes : de grands auteurs tels qu’Aragon, Verlaine ou Rimbaud nous accompagnent grâce à l’évocation écrite de leur œuvre qui nous suit tout au long de l’allée menant à l’espace culturel. Ce qui va suivre fera écho à cet avant-propos littéraire.

L’entrée sur scène lente et brinquebalante de ces clowns nous plonge tout de suite dans l’ambiance. Ces trois personnages italiens, Nicolo, Philippo et Peppino, se retrouvent par hasard dans cet espace clos et sans fenêtre, une salle d’attente pour, on l’imagine, un entretien d’embauche — ce qui nous renvoie directement à l’époque actuelle des confinements et du sentiment d’oppression ressenti depuis des mois.

Mais ici, et sans jamais sortir de cette salle, ils vont nous emmener avec eux à travers une montagne russe d’émotions, allant de la joie à la nostalgie en passant par la jalousie ou encore la colère. Leur rivalité nouvelle peut ainsi les amener à des réactions pathétiques dans leur violence et leur maladresse physique, en essayant de se persuader qu’ils ne sont pas finis. Une sorte de malaise semble alors s’emparer petit à petit du public, où des rires crispés puis se transformant en véritables éclats se font entendre çà et là.

Le travail visuel de la mise en scène (signée Virginie Lemoine), qui s’appuie sur un jeu de lumières finement étudié, s’avère remarquable, faisant apparaître en nous l’envie d’immortaliser certaines images, tant celles-ci méritent de rester gravées aussi bien dans nos mémoires que sur nos cartes mémoires (ce qui est logiquement interdit, le théâtre ne manque pas de nous le rappeler).

En définitive, ces personnages cernés et aigris par leur âge et leur talent perdu, magnifiquement interprétés par Serge Barbuscia, Pierre Forest et Richard Martin, nous interrogent sur notre passé, les regrets de la jeunesse presque oubliée et l’égoïsme croissant de nos sociétés modernes.

Une chose est en revanche certaine : les applaudissements (très) nourris du public ne nous font pas douter du plaisir retrouvé de goûter aux joies du spectacle vivant, ou simplement d’être ensemble.

Yann Pétureau


VENTILO – 19 janvier 2022

Si l’intrigue de Petit Boulot pour vieux clown — trois clowns sur le déclin, autrefois collègues et complices, se disputent un poste dans un théâtre, bercés par l’illusion qu’ils ont été appelés pour sauver ce qui reste encore du « grand art du cirque » — peut paraître anodine au premier abord, elle symbolise pourtant avec brio l’œuvre de Matei Visniec. Le dramaturge roumain, qui n’a cessé de dénoncer les régimes totalitaires, s’en prend ici à ce libéralisme forcené qui pousse les hommes à la lâcheté, à la trahison et aux pires compromissions avec la morale. Incarné par des clowns, ces personnages qui offrent un miroir grossissant des travers humains, ce théâtre de l’absurde permet à l’insignifiant de côtoyer l’essentiel. Dans cette création mise en scène par Virginie Lemoine, et portée par Pierre Forest (Molière en 2017), Serge Barbuscia et Richard Martin, il est autant question de l’âme humaine que de la vieillesse. Derrière la critique acerbe de la société de consommation et la détresse, il y a le rire et la tendresse.

 


LE MOT DE RICHARD GUEDJ – 18 janvier 2022

” Un spectacle qui nous met le rire au bord des larmes où trois sales gosses, trois vieux gamins se cherchent se trouvent se chambrent et se vannent, s’aiment et se déchirent sous l’oeil aimant et protecteur de leur metteur en scène Virginie Lemoine qui aime ses acteurs et leur apportent toute la douceur, la bienveillance et la bénédiction maternelle!
Courez rire aux souvenirs de ces vieux clowns!
Richard Martin, Serge Barbuscia, Pierre Forest s’en donnent à coeur joie et ils ont du coeur !”

Richard Guedj, Acteur, metteur en scène, ancien directeur d’acteurs de “Plus belle la vie”

 


FRANCE NET INFO – 15 janvier 2022

S’il est un lieu culturel à Marseille qui propose de vrais spectacles de qualité, c’est bien le Théâtre Toursky de Richard Martin ! Impossible d’être déçu ou de rester sur sa faim lorsqu’on franchit le seuil de ce magnifique lieu, accueillant, chaleureux, dynamique, où souffle un vent de génie qui réchauffe le coeur et l’âme.

J’ai eu la grande chance d’assister à la dernière création du Théâtre Toursky en coproduction avec le Théâtre du Balcon Avignon et A360 Production. une pièce poignante intitulée Petit boulot pour vieux clown. La pièce est écrite par Matei Visniec, mise en scène par la talentueuse Virginie Lemoine, et servie par trois immenses acteurs : Pierre Forest, Serge Barbuscia, et Richard Martin.

L’argument de la pièce :

Trois vieux clowns sur le déclin se présentent à la porte d’un bureau dont on ne saura jamais rien, pour répondre à une petite annonce dont on ne saura pas davantage, si ce n’est que l’on y recherche justement un vieux clown. Jadis, ils ont travaillé ensemble chez Humberto. La joie des retrouvailles fait bientôt place à la dispute car l’offre ne concerne qu’un seul poste. Peu à peu, les trois vieux copains deviennent trois gladiateurs tragiques des temps modernes qui luttent pour survivre tout en se faisant l’illusion qu’ils ont été appelés pour sauver ce qui reste encore du « grand art du cirque ».

Matei Visniec est l’un des auteurs les plus joués au Festival Off d’Avignon et aussi l’auteur dramatique le plus joué en Roumanie depuis la chute du communisme.

Virginie Lemoine s’empare de ce texte et explore l’âme humaine dans ce qu’elle recèle de plus étonnant, de plus généreux, de plus mesquin ou de plus noir.

Mon avis de spectatrice :

J’ai été émerveillée par l’univers de cette pièce ! Le décor et les costumes retranscrivent vraiment cette impression de vieilleries, de choses rapiécées, de temps qui passe inexorablement sur les objets et les gens pour les transformer. Le propos de la pièce trouve toute sa dimension dans cet amas de vielles valises qui servent tour à tour de chaise, de marchepied ou de coussin pour s’y agenouiller. Le temps est une constante dans les dialogues avec ces trois vieux clowns qui cherchent en permanence à connaitre l’heure.
Parlons des personnages, trois artistes, trois personnalités différentes, trois jeux d’acteurs époustouflants. Il y a le clown qui est resté bloqué dans l’enfance, hypersensible, qui pleure pour un oui ou pour un non. Il y a le clown aigri, méchant, avec les pieds sur terre, qui joue de subterfuges pour se débarrasser de ses concurrents. Puis il y a le clown poète, à l’ambition avortée, qui s’amuse aux dépens de ses deux confrères. Tour à tour ils s’embrassent et se disputent, vont jusqu’à se battre…
Quelles performances exceptionnelles nous ont offert ces trois acteurs magnifiques : Pierre Forest, Serge Barbuscia, et Richard Martin. cachés derrière leur maquillage burlesque. Mais sous le masque, ils nous révèlent leur vulnérabilité avec un talent solaire qui vous prend aux tripes. Avec brio, ils servent des dialogues aiguisés comme des lames de rasoir, parfois pathétiques, souvent drôles mais toujours justes. Ils nous emmènent dans au pays de l’Absurdie, où le lâcher-prise est la capitale. Il ne faut pas chercher à analyser ou à comprendre, juste se laisser porter par le talent de l’auteur, des acteurs et de la metteur en scène. Un véritable travail d’équipe qui a réussi à construire une magnifique maison qui tient debout, aux fondations solides.

Petit boulot pour vieux clown est un spectacle à ne pas rater, une véritable performance qui vous emportera loin de la morosine ambiante. Allez au théâtre, amusez vous, célébrez le travail des artistes qui se démènent pour mettre du merveilleux dans nos vies. Réservez dès maintenant, le spectacle se joue jusqu’à la fin du mois au Théâtre Toursky.

 


PROJECTEUR TV – 13 janvier 2022

« Petit Boulot pour Vieux Clown » de Visniec au Théâtre Toursky

« Je crois qu’aujourd’hui, alors que tant de bouffons grotesques dans le monde se retrouvent assis au sommet du pouvoir, ma pièce sur les clowns a aussi des connotations politiques. » Matéi Visniec. Trois clowns vieillissants se disputent un emploi : un regard absurde et comique, sur la peur de l’homme d’être inutile dans une société de consommation effrénée.

A l’affiche du Théâtre Toursky international jusqu’au 29 janvier 2022, interprétée par trois acteurs prodigieux, Serge Barbuscia, Pierre Forest et Richard Martin,‘Petit Boulot pour Vieux Clown’, une pièce de Matéi Visniec mise en scène par Virginie Lemoine, que le public, ému et conquis, ovationne à chaque représentation. Courez-y !

Petit boulot pour vieux clown, La Création – Événement !

Trois hommes âgés arrivent avec des valises dans une pièce sans fenêtre. Ils sont vieux, démodés et espèrent désespérément qu’ils seront choisis car c’est manifestement leur dernière chance. Ils ont répondu à une annonce indiquant « Petit boulot pour vieux clown ». Lorsque personne n’arrive pour les tester, ils commencent à se mesurer en exécutant leurs vieux tours. Qui sera le meilleur ?

D’après vous, qui aura le petit boulot pour vieux clown ?

 

Une critique acerbe de la société de consommation

On jette les gens comme on jette les choses. ‘Petit boulot pour vieux clown’, pièce du dramaturge roumain Matéi Visniec, est une critique acerbe de notre société de consommation et nous jette au visage l’absurdité de notre réalité. C’est gênant car cela oblige à accepter qu’il y a discordance irrémédiable entre les aspirations humaines et la réalité. C’est cruel car c’est le miroir de nos petites vies, de nos magouillages, de nos égoïsmes, ce côté qui nous transforme en clowns vicieux, clowns abrutis, obligés de se pavaner, de jouer la grande comédie sociale, faisant le jeu de la machine consumériste conçue pour nous humilier, nous déshumaniser. C’est terrible car c’est l’interrogation sur la raison ultime des choses : la routine quotidienne, la marche irrésistible du temps, la vieillesse, la mort, l’étrangeté et l’inhumanité du monde. ‘Petit boulot pour vieux clown’, c’est drôle, tendre, poignant et absurde à la fois. Avec pourtant la détresse en filigrane, le rire est là, du début à la fin.

De la tendresse dans la détresse

Si Mateï Visniec force le trait jusqu’à la cruauté, si Nicollo, Peppino et Filipo sont amers, mesquins, il y a, tapie dans leur détresse, une tendresse infinie qui jaillit tour à tour chez chacun d’eux, une tendresse qui illumine leurs visages, les rapproche dans une joie enfantine, comme avec ces ballons qui sortent de la boite comme autant de lutins magiques et dérisoires. Dans ces moments de tendresse, le tragique de la situation est infini. Ces trois-là veulent vivre, encore, encore un peu.

Le temps, dimension de leur réalité

« Il doit être 6h, non 7h… 8h … »

Visniec explore le vieillissement à travers ce regard absurde, cynique, tendre et drôle sur trois clowns qui ne demandent qu’à exister. Mais plus que le vieillissement, il parle du temps qui passe inexorablement, de ce temps qui a usé, désabusé, les trois vieux clowns. Ce sont trois vieux copains qui luttent pour leur survie. Un seul sera choisi dans cette pièce sans fenêtre où le temps s’écoule à l’envers. Quand un comédien meurt, il se relève, éternel recommencement. Jusqu’à quand les êtres humains se battront-ils entre eux pour une bouchée de pain? Et la tendresse, bordel !

Des vieux clowns qui se ressemblent dans leur humanité

Ils ont chacun leur personnalité mais ils se ressemblent tellement dans leur humanité : unité de couleur pour les trois protagonistes avec un rouge vif rappelé dans des éléments sur les costumes élimés, grotesques de chacun des clowns : une fine écharpe façon cravate pour Peppino (Pierre Forest), un gros nœud papillon pour Nicolo (Serge Barbuscia), et une fleur de papier à la boutonnière pour Filippo (Richard Martin), tous trois nimbés d’une bleu violet jusqu’au gris bleu perlé des cheveux. Preuve qu’ils sont unis par-delà leur volonté farouche à se démarquer l’un de l’autre. C’est la photo colorisée d’une époque surannée. Un nez rouge, et c’est Fellini qui ressuscite ses clowns devant nous. Une musique de cirque, et les voilà soudés par une douce nostalgie.

Trois acteurs prodigieux sublimés par une mise en scène admirable

« Devons-nous, pour vivre, exister et être reconnu, ne jouer rien d’autre que la pantomime d’un rôle social ? »

Les trois acteurs, tout en nuances, prodigieux, poussent à la limite leurs possibilités expressives. Le verbe est clair, fidèle au style de l’auteur. Chacun de leur mot, de leur geste, magnifie ce texte universel qui coule avec une simplicité incroyable quand on sait la difficulté de l’écriture et du jeu. La mise en scène de Virginie Lemoine, assistée d’Alice Faure, sublime cette pièce de Visniec qui renvoie à l’essentiel : devons-nous, pour vivre, exister et être reconnu, ne jouer rien d’autre que la pantomime d’un rôle social ? Ces trois-là nous ressemblent tellement ! Au final, une pièce admirable interprétée par des acteurs fascinants de vérité. Un texte qui renvoie à l’essentiel, à ne manquer sous aucun prétexte.

Danielle Dufour-Verna


FRÉQUENCE SUD – 10 janvier 2022

Petit boulot pour vieux clown, une pièce à découvrir au Théâtre du Toursky du 7 au 29 janvier.

Trois vieux clowns sur le déclin se présentent à la porte d’un bureau dont on ne saura jamais rien, pour répondre à une petite annonce dont on ne saura pas davantage, si ce n’est que l’on y recherche justement un vieux clown. Jadis, ils ont travaillé ensemble chez Humberto. La joie des retrouvailles fait bientôt place à la dispute car l’offre ne concerne qu’un seul poste. Peu à peu, les trois vieux copains deviennent trois gladiateurs tragiques des temps modernes qui luttent pour survivre tout en se faisant l’illusion qu’ils ont été appelés pour sauver ce qui reste encore du « grand art du cirque ».

LA PROVENCE – 9 janvier 2022


DESTIMED – 9 janvier 2022


Marseille. Théâtre Toursky. ’Petit boulot pour vieux clowns’ incarnés par trois grands comédiens dans une mise en scène inventive

Né le 29 janvier 1956 à Rădăuți, en Roumanie, et vivant en France depuis 1987 Matéi Visniec est le dramaturge le plus joué de son pays. On ne compte plus les spectacles montés à partir de ses pièces. On citera par exemple « Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », fantaisie onirique proposée dans le cadre du In d’Avignon 2018 par Serge Barbuscia, à l’intérieur du théâtre du Balcon dont il est le directeur artistique.

On notera également que le dramaturge roumain fut en juin dernier l’invité d’Alain Simon, le directeur du Théâtre des Ateliers d’Aix pour la création de sa pièce « La femme cible et ses dix amants » jouée par la jeune et talentueuse compagnie d’Entraînement. On y découvrait un Visniec qui s’inspirant de la tradition du Grand-Guignol, proposait avec poésie une réflexion sur notre monde qui perd la mémoire. On y croisait un inspecteur chargé par la région de la sécurité des installations foraines. On se familiarisait avec une foire itinérante comme il en existe un peu partout. Revoilà une ambiance de cirque avec cette pièce « Petit boulot pour vieux clowns » que
Richard Martin le directeur du Toursky a programmé dans son théâtre jusqu’au 29 janvier inclus, et qui sera reprise en Avignon au Balcon de Barbuscia du 19 au 27 février prochain.

Entre le « Godot » de Beckett et « Les clowns de Fellini

A l’onirisme et à l’étrangeté de l’escargot et de la femme-cible d’antan, Matei Visniec oppose un monde réaliste où la cruauté explose par touches successives. Et pour illustrer cet état de fait ce sont trois clowns qui serviront de modèles d’étude. Trois vieux clowns à la carrière floue, mais à la détermination farouche, qui ont tous les trois travaillé chez Humberto et qui se retrouvent attendant une audition devant une porte dont l’ouverture ne se fera pas. On assistera en revanche à un écharpement en règle des trois clowns qui après les effusions d’usage iront jusqu’à tenter de s’éliminer l’un l’autre.

« Avorton ! », « Gros tas ! » s’envoient-ils à la figure avant de parodier Shakespeare sur le mode « Être ou ne pas être clown, là est la question ». C’est drôle, tragique, c’est une pièce sur la mémoire, le temps qui passe, la fidélité à ses rêves de jeunesse. C’est un texte incandescent (disponible chez Actes Sud- Papiers), brossant le portrait de trois artistes transformés en trois gladiateurs tragiques des temps modernes qui luttent pour survivre tout en se faisant l’illusion qu’ils ont été appelés pour sauver ce qui reste encore du « grand art du cirque ». Nous sommes entre le Beckett de « En attendant Godot » et « Les Clowns » ou « La Strada » de Fellini. Avec un zeste de Dino Risi, ou d’Ettore Scola, de Monicelli et autres grands créateurs de la comédie italienne des années 1960-1970.

Martin, Barbuscia, Forrest, Virginie Lemoine et Alice Faure, quintet gagnant.

Sur scène Richard Martin et Serge Barbuscia ouvrent ce bal des aménités électives. Bouleversants d’authenticité dans la peau de ces drôles de clowns que l’on croirait sortis d’une tragédie grecque, ils sont rejoints par un Pierre Forest au sommet de son art. Déjà impressionnant dans le rôle de médecin du film « Adieu monsieur Haffmann » que Fred Cavayé a tiré de la pièce de Jean-Philippe Daguerre, inoubliable Coquelin dans le « Edmond » de Michalik, et bouleversant Don Diègue dans « Le Cid » vu par Thomas Le Douarec, il est ici le troisième et poignant larron clownesque. Tout s’enchaîne et tout se rejoint tout s’oppose et tout se décale dans une mise en scène triangulaire et géométrique où les valises portées et déposées par les clowns servent d’habits à leurs songes et de barrières contre l’agression du monde et des autres.

Assistée de Alice Faure qui fait un travail précis, Virginie Lemoine signe une mise en scène qui lui ressemble : humble, généreuse, empathique, au service de l’auteur et de ses trois fabuleux comédiens. On saluera là encore son généreux regard qui excelle à éviter toute paraphrase pour cerner la souffrance, les joies et les errances des personnages. On se souvient que c’était déjà le cas dans son travail sur la pièce « Quand je serai grand je serai Nana Mouskouri » adaptée du roman éponyme de David Lelait-Helo, et portée sur scène par Didier Constant au Chien qui fume d’Avignon en 2019. On rappellera que Virginie Lemoine a donné toujours en Avignon une mise en scène en forme de chef d’oeuvre de la bouleversante pièce « Nos années parallèles » de Stéphane Corbin où s’imposaient Valérie Zaccomer et Alexandre Fraitouni, absolument bouleversants.

La musique de Stéphane Corbin

Ce même Stéphane Corbin on le retrouve signant la musique de la pièce de Visniec. Coach vocal sur « Fin de service » d’Yves Garnier (autre succès du off d’Avignon 2019), musicien inspiré qui signa les compositions de « Suite française » conçu par Virginie Lemoine et Stéphane Laporte d’après Irène Némirovsky. Créateur du collectif Les Funambules fondé en 2012 en réponse aux violentes manifestations en France contre le mariage pour tous avec la volonté de lutter contre les discriminations à travers la création de chansons originales, il est ici une sorte de Nino Rota du spectacle des clowns de Visniec. En très inventif et pas du tout dans la posture d’un imitateur du génie italien. Sous ses notes à la fin de la pièce notamment, Richard Martin, Serge Barbuscia et Pierre Forest habillés des costumes élimés, abîmés, maladroitement réparés et immensément sales prennent sous les lumières travaillées de Sébastien Lebert une dimension supplémentaire. Et semblent ne plus jouer leurs personnages mais les incarner…..Vous avez dit chef d’oeuvre ?

Jean Rémi BARLAND



LE JOUR ET LA NUIT – 8 janvier 2022


Création de Petit boulot pour vieux clown au Toursky

Après des mois de frustration, la vie culturelle reprend son cours et c’est une salle enthousiaste et ravie, qui a accueilli la création de Petit boulot pour vieux clown, une pièce écrite par le grand dramaturge Matéi Visniec au Théâtre Toursky. Un véritable bonheur car la culture est notre bien le plus essentiel puisqu’elle permet de réfléchir, d’analyser et de dénoncer les injustices.

La pièce est mise en scène par Virginie Lemoine de manière magistrale et les trois protagonistes, à savoir Richard Martin, Serge Barbuscia, et Pierre Forest sont excellents et brillants, à la fois tout en nuances et truculents. L’intrigue est la suivante : Trois vieux clowns qui cherchent du travail se retrouvent dans un théâtre où ils sont venus passer une audition. Ils ont travaillé ensemble chez Humberto. La joie de se retrouver fait bientôt place aux disputes et surtout aux rivalités car le théâtre n’offre qu’un seul poste de vieux clown. Ils sont devant une porte close et attendent. De cette attente interminable et anxiogène naissent des dissensions et des alliances éphémères se nouent entre Peppino (Pierre Forest), Filippo (Richard Martin) et Nicolo (Serge Barbuscia). Peu à peu, les trois copains deviennent trois gladiateurs des temps modernes qui luttent pour leur survie. Ils s’affrontent, non pour une question d’ego ou pour la gloire, mais parce que pour eux c’est vital. Les trois clowns en quête de ce travail postulent à cette offre d’emploi car ils y sont acculés par la nécessité comme le prouvent les vêtements usés à la corde et élimés qu’ils ont probablement empruntés pour se rendre à cet entretien d’embauche inespéré. Pour eux, cette ultime possibilité est leur dernière cartouche. C’est pour eux une nécessité vitale car ils vivent dans la misère et le dénuement le plus total. Ils se souviennent néanmoins avec nostalgie de l’époque faste où ils étaient encore «quelqu’un» avant de sombrer dans l’anonymat et l’indigence la plus totale et d’être inéluctablement broyés par une société dépourvue d’humanisme, de bienveillance, d’empathie et de solidarité. Ils sont vieux donc inutilisables et has been. Ils sont dans un état physique lamentable, au bout de leur vie et ont absolument besoin de ce job, qui, peut-être, n’est qu’un mirage car ils sont, en fait, devant une porte hermétiquement close, sans interlocuteur.

La pièce dénonce la société absurde, cynique qui est la nôtre. C’est une critique acerbe et au vitriol de la société implacable et inhumaine dans laquelle nous vivons. Les personnages malgré leur désespoir sont néanmoins attachants et pourvus d’un humour cinglant. C’est une pièce extrêmement drôle où l’on rit beaucoup malgré la peinture de la société impitoyable qui élimine les plus faibles. Les trois comparses s’apprécient mais sont conscients qu’un seul d’entre eux sera choisi et que les autres seront éliminés. La porte close, selon Matéi Visniec symbolise le pouvoir absolu de Nicolas Ceausesco pendant la mandature duquel les citoyens roumains se retrouvaient convoqués arbitrairement, sans explications et sans possibilité de dialoguer, de se défendre ou d’argumenter. Une critique kafkaïenne d’un état totalitaire, qui trouve, eu égard à la conjoncture actuelle, un écho retentissant en nous.


RMT NEWS INTERNATIONAL – 7 janvier 2022

Petit boulot pour vieux clown de Matéi Visniec au Toursky

1+1+1=4

Jusqu’au 29 janvier 2022, le théâtre Toursky présente sa dernière création maison : Petit boulot pour vieux clown de Matéi Visniec, ultime pièce du dramaturge roumain écrite dans sa langue natale en 1986 comme « un baisser de rideau sur une culture, un monde » (Pierre Forest). Sur fond de retrouvailles chaotiques à la « je t’aime, moi non plus » de trois vieux amis clowns, nous est dépeint la fin d’un monde, d’une culture mais pas de l’humanité : « cette dernière n’a besoin que d’amour » tempère Richard Martin.

Une écriture de l’absurde profondément théâtrale

Connu pour son grinçant Du pain plein les poches, l’auteur questionne dans ses pièces les relations de l’individu avec le pouvoir, dénonçant les régimes totalitaires et la complicité des régimes démocratiques. Profondément marqué et censuré par le régime de Nicolae Ceausescu, il s’exile en France en 1987 : depuis il a traduit un grand nombre de ses pièces et écrit de nombreuses œuvres dans la langue de Molière.

Contrairement à Musset dont les œuvres théâtrales étaient conçues pour être lues dans un fauteuil, les écrits de théâtre de Visniec sont expressément faits pour être interprétés par des acteurs en chair et en os : il use d’un style direct et précis où chaque mot est choisi soigneusement, sans fioritures inutiles à l’instar d’un diamant brut, maniant l’absurde avec sagacité.

« Au plateau, il prend tout son sens et se révèle dans toute sa richesse et complexité : c’est un texte difficile à apprendre mais quel plaisir pour le spectateur à l’entendre » précise Pierre Forest, grand amateur et fin connaisseur de Rock, admiratif de cette écriture de « théâtre pour le théâtre ».

Des retrouvailles inattendues entre trois vieux clowns en fin de carrière

Trois vieux clowns aux costumes élimés, FILIPPO, NICOLLO et PEPINNO, corps rabougris et visages burinés par le poids des ans, sont en recherche d’un dernier emploi. Par le passé, ils formaient un trio dans un cirque avant que la vie ne les sépare, chacun roulant sa bosse de son côté, cahin-caha. Ils se retrouvent plusieurs dizaines d’années après dans la salle d’attente d’un music-hall à postuler pour un même petit boulot. Lequel des trois décrochera le fameux contrat ? Entre joie des retrouvailles et compétition pour savoir lequel est le plus apte à remporter l’audition, la bataille s’annonce rude entre les trois anciens collègues dont la carrière n’a jamais décollé au firmament.

Ici, est abordée en filigrane la question de la réussite artistique, en particulier celle des artistes pourtant talentueux qui ne font pas carrière : « c’est épouvantable d’être extrait comme ça du manège de ce métier » explique Virginie Lemoine, metteur en scène de la pièce, profondément touchée par cette réalité des faits qu’elle observe au quotidien. « Il existe beaucoup d’artistes extraordinaires qui végètent et ça nous fait réfléchir sur le métier et la société. La réussite repose sur deux règles précises et que tout le monde ignore » ironise-t-elle.

Etre ou ne pas être clown ?

Entre Tchekhov, Beckett, Ionesco et Fellini en passant par Shakespeare, cette tragi-comédie féroce et jubilatoire, humaine, si humaine !, nous interroge sur notre humanité : nos trahisons, nos lâchetés, nos petits arrangements avec la morale, nos élans amoureux, nos désirs insatisfaits, notre besoin de reconnaissance, nos illusions perdues, notre insignifiance, nos combats dérisoires et pourtant nécessaires à l’image de ceux de Don Quichotte de la Mancha. « Se battre pour des moulins à vent est important : c’est un combat de l’imaginaire » abonde Pierre Forest.

Tout l’intérêt de cette pièce réside dans le choix du clown « à la fois pathétique et joyeux », « cruel et féroce », « monstrueux et beau » : miroir grossissant de nos petits travers et mesquineries, « il réveille nos consciences et représente la société» précise Richard Martin. Il permet de dénoncer la pantomime sociale à laquelle nous participons, pointant avec lucidité l’interchangeabilité des individus dans leurs rôles sociaux, les jeux d’alliance auxquels la compétition nous pousse, ainsi que la cruauté du monde extérieur, tout en nous faisant rire.

On se rit du clown, de sa maladresse ridicule, du comique de situation qu’elle engendre et de la chute toujours inattendue, ici, l’arrivée d’un quatrième larron qui rebat les cartes. Ainsi « Si tout se finit, viens » dit Filippo avant le Baisser de rideau.

« Une pièce pour jeunes jouée par des vieux »

Selon Alice Faure, assistante à la mise en scène, « cette pièce peut être vue autant par les enfants que par les adultes : les clowns sont de grands enfants et les enfants peuvent comprendre des choses que nous adultes ne comprenons pas et vice-versa » déclare-t-elle.

Cette comédie grinçante à plusieurs niveaux de lecture et compréhension offre ainsi des rôles taillés sur mesure à trois grands comédiens : Serge Barbuscia, Richard Martin et Pierre Forest.

Chose rare pour le souligner, le théâtre propose une série de 15 représentations pour la découvrir et assurément, le texte n’a pris aucune ride en l’espace de trente ans. Une pièce qui tombe à pic à notre époque. A vos agendas.

Diane Vandermolina


FRANCE 3 • 19/20 Marseille – 6 janvier 2022

 


LA PROVENCE – 4 janvier 2022


LA PROVENCE – 3 janvier 2022

AU THÉÂTRE TOURSKY Virginie Lemoine crée Petit boulot pour vieux clowns, une pièce du dramaturge roumain Matéi Visniec qui sera jouée au Toursky, avant Paris et Avi gnon. Elle dirige Richard Mar tin, Serge Barbuscia et Pierre Fo rest dans cette pièce écrite au milieu des années 80 par un au teur censuré par le régime Ceau sescu avant de trouver asile en France. Une comédie sociale, grinçante et cruelle, où trois vieux clowns venus passer une audition deviennent les gladia teurs tragiques des temps mo dernes. “Quand je l’ai lu, j’y ai vu une vraie critique de notre système capitaliste, avec cette concurrence à tout prix, lecom portement humain impitoyable face à la nécessité de décrocher un emploi. C’est une critique de l’absurdité de cette concur rence”, disait Virginie Lemoine lors des premières répétitions. 



LE JOUR ET LA NUIT

“Virginie Lemoine met en scène Petit boulot pour vieux clown au Toursky” •  Lire l’article



PROJECTEUR TV

“Virginie Lemoine est Madame Loyal dans « Petit boulot pour vieux clown » de Matéi Visniec” Lire l’article


LA PROVENCE

“Virginie Lemoine face aux clowns” 

La comédienne met en scène Richard Martin, Serge Barbuscia et Pierre Forest dans une pièce de Matéi Visniec

Accueillie “magnifiquement”, dit-elle, à Marseille au théâtre Toursky, Virginie Lemoine crée Petit boulot pour vieux clowns, une pièce du dramaturge roumain Matéi Visniec qui sera jouée là, avant Paris et Avignon, pour le Off, l’an prochain. Pendant une pause des répétitions où elle dirige Richard Martin, Serge Barbuscia et Pierre Forest, Virginie Lemoine raconte l’esprit de cette pièce, dont elle signe la mise en scène et qui a été écrite au milieu des années 80 par un auteur censuré par le régime Ceausescu avant de trouver asile en France. Une comédie sociale, grinçante et cruelle, où trois vieux clowns venus passer une audition deviennent les gladiateurs tragiques des temps modernes.

Pourquoi ce texte qui semble coller à l’air du temps et comment l’abordez-vous ?

C’est Serge Barbuscia qui l’a choisi, il connaît très bien Matéi Visniec et voulait le monter. Il me l’a proposé, avec Richard Martin et lui, il manquait un comédien, j’ai proposé Pierre Forest. Quand Matéi Visniec l’a écrit, la Roumanie était encore sous le joug des Ceausescu, c’est une critique du régime à une époque où l’on pouvait être convoqué devant une porte dictatoriale sans savoir pourquoi, et il fallait attendre, attendre, attendre… Chacun peut y mettre beaucoup de choses. Quand je l’ai lu, j’y ai vu une vraie critique de notre système capitaliste, avec cette concurrence à tout prix, le comportement humain impitoyable face à la nécessité de décrocher un emploi. C’est une critique de l’absurdité de cette concurrence.

Dans cette période, y mettez-vous une énergie particulière ?

Je ne prends pas en charge le contexte politique et social, je raconte l’histoire mais avec ce qui se passe actuellement et ça prend vraiment sens.

Voyez-vous cette pièce plutôt par le prisme de la comédie sociale, de l’absurde, de l’onirisme ?

On est vraiment à mi-chemin entre la comédie italienne et En attendant Godot de Beckett, dans une réalité déglinguée. Pour l’explorer, il faut que cette réalité soit concrète, sinon on se perd, mais cette folie ça donne une liberté “folle” dans la mise en scène. J’ai beaucoup lu, relu la pièce. Je mets la photo dans un bain d’acide et vois comment elle apparaît, ça n’est que moi qui développe… On peut tout faire mais il faut que chaque personnage ait sa logique, imparable, tout à fait personnelle.

Comment voyez-vous chacun des personnages campés par Richard Martin, Serge Barbuscia et Pierre Forest ?

Ils sont semblables et très différents. Il y a un personnage d’autorité, c’est Pierre Forest, il s’autoproclame chef, il y a un petit rapport vertical mais qui ne tient pas. Après, le personnage de Richard Martin est très malin ; tout au long de la pièce, c’est un jeu de coalition constant comme les affinités électives de Goethe, ça n’arrête pas et ce personnage n’est jamais seul, on ne le coince pas. Le troisième, incarné par Serge Barbuscia, plus fantaisiste, ahuri, n’a pas la vélocité des autres dont il est victime, il est peut-être plus dangereux.

Quel plaisir tirez-vous de la mise en scène ?

J’adore ça ! Ce qui est jubilatoire c’est de pouvoir proposer exactement la vision que l’on a. Quand on est juste comédien, on s’adapte à la vision du metteur en scène. Là, on réalise le fantasme de raconter l’histoire que
l’on a imaginée, c’est un plaisir vraiment jubilatoire, surtout quand on est dans la salle et que l’on voit les gens recevoir cette histoire qu’on a concoctée. Là, j’aimerais que le spectateur sorte avec un sentiment de voyage, de conte, d’être parti ailleurs. Se laisser embarquer, c’est ce qu’on cherche, que l’on aille voir Médée ou un dessin animé. C’est magnifique quand on arrive à s’oublier et ressentir des émotions quelles qu’elles soient.

Matéi Visniec évoque le film “Les Clowns” de Fellini parmi ses références pendant l’écriture, quelles sont les vôtres ?

Quand j’étais petite, il y avait trois clowns qui s’appelaient Les Bario, c’était irrésistiblement drôle, tellement joli. Je suis allée cet été au cirque, j’ai rencontré des clowns et posé beaucoup de questions. Matéi Visniec dit : “J’ai voulu un univers cruel alors j’ai choisi les clowns”. Et c’est vrai, le clown avec des habits rapiécés se prend des tartes à la crème mais arrive à renverser la situation et se redresse. On rit de son drame, c’est très cruel. Ce qui participe au rire, c’est que l’on est dans un univers où la douleur n’existe pas. J’aime beaucoup Abel et Gordon qui sont la quintessence du clown, j’adore la sobriété, l’économie de moyens.

Dans la pièce, la joie des retrouvailles fait place à l’angoisse, est-ce ce que vous ressentez par rapport à la situation des lieux culturels ? Quelles sont les prochaines étapes ?

C’est un peu le brouillard, les directeurs de salle ne répondent plus, personne ne peut s’engager dans rien, c’est compliqué. Je suis optimiste, il y a un tel manque, je pense que le public sera au rendez-vous, dans les restaurants, les théâtres, les cinémas. Heureusement qu’on a eu la culture pendant tous les confinements, elle ne s’exprime pas que sur un tréteau ou dans un musée, elle est partout, et absolument essentielle. Chaque oeuvre que l’on voit, des gens l’ont écrite et réalisée, c’est beaucoup de compétences, de travail, et c’est terrifiant de dire qu’elle est non-essentielle car elle est partout et ça a été notre survie. J’ai été très contente de revoir les comédies de Louis de Funès ou de Bourvil, de voir du théâtre à la télévision, d’écouter de la musique comme tout le monde. Je n’ai pas envie de me dire que je suis impatiente car je vais le devenir, je me dis que je profite du temps qui m’est donné, un peu immobile, et permet de faire beaucoup de choses. Tous les intermittents se sont démenés, les comédiens ont fait des tas de trucs, mis en place des projets.

Avez-vous d’autres projets en cours, allez-vous revenir dans la région ?

Je serai sur scène l’an prochain dans un projet entièrement “Covid”. J’ai reçu le texte, fait les lectures, trouvé un théâtre, tout ça pendant le Covid et ça se monte: ça se jouera à partir de janvier à Paris et s’appelle Black Comedy. Et puis Petit Boulot pour vieux clowns sera créé à Marseille et jouera au théâtre du Balcon à Avignon, j’adore la région, j’y aime la diversité des paysages, des cuisines, de populations: c’est régénérant.